Tout a commencé alors que Sam Rainsy, se tenant sur le trottoir
à l'entrée de l'usine, tentait de convaincre les ouvriers
de ne pas retourner travailler tant que des négociations avec la
direction n'auraient pas lieu. Soudain, un policier en civil s'est approché
vers lui en criant: "maintenant ça suffit, on va tous les chasser
d'ici !" Il s'est ensuite jeté agressivement sur le président
du PNK, tentant de l'atteindre au visage d'un coup de poing.
Les gardes du corps se sont interposés et les policiers sont
alors venus entourer le groupe en frappant tous azimuts.
Sam Rainsy grâce à la protection de ses gardes du corps,
n'a pas été blessé et a pu s'enfuir dans sa voiture
alors que les policiers tiraient des coup de feu en l'air.
Par contre, Khieu Rada a été plus sérieusement touché au visage et au bras droit. N'ayant pas eu le temps de rejoindre la voiture, il a tenté de s'enfuir sur un moto taxi mais s'est retrouvé pris au piège par les policiers qui le cernaient. Un militaire, l'attrapant par la vestel'a forcé à descendre et s'est rué sur lui à coup de pieds et de poing sous le regard amusé des autres représentants de l'ordre en uniforme et armés d'AK 47.
Le directeur de la police pénale de Phnom Penh, Mok Chito, est
arrivé juste à temps pour mettre fin à ce passage
à tabac qui se déroulait au milieu de l'avenue qui mène
à Takmao, très encombrée à cette heure du jour.
C'est la bouche ensanglantée que le secrétaire général
du parti d'opposition a enfin pu quitter les lieux quelques minutes plus
tard sous la protection de... la police. "Ils n'auraient pas dû user
de leurs armes ni frapper ces hommes. Si j'étais arrivé à
temps, j'aurais simplement demandé aux représentants du PNK
de quitter les lieux comme je l'avais déjà fais mercredi
matin. Je suis désolé de ne pas avoir pu arrêter (les
policiers) à temps", a déclaré Mok Chito juste après
les faits.
En fin de matinée, une centaine d'ouvrières et d'ouvriers en grève sont arrivés au domicile de Sam Rainsy et y ont passé la journée "car c'est le seul endroit auquel nous avons pensé lorsque les policiers ont chargé", ont-elles expliqué. Selon le président du PNK, ces débordements sont intervenus car la grève fait perdre de l'argent à cette entreprise qui accumule de gros retards. Ils en viennent à la force car c'est l'unique moyen qu'ils ont trouvé pour faire reprendre le travail au ouvriers. Mais je m'élève vivement contre le fait que la police se mette au service des investisseurs privés et je vais porter plainte contre la police pour violation de plusieurs droits garantispar la Constitution".
A 16 heures, un important dispositif policier comprenant entre autres la brigade anti-émeutes était déployé devant Tack Fat Garment mais Sam Rainsy n'a fait qu'une brève apparition. Selon plusieurs ouvrières interrogées à leur sortie de l'usine par un représentant du Centre des Nations Unies pour les Droits de l'Homme, des élections auraient lieu dans l'après-midi afin d'élire des représentants. "Il semble toutefois que ces élections ne soient qu'une parodie car très peu d'ouvriers auraient participé au vote. La liste des 11 représentants soit disant élus a ensuite été distribuée sans que personne ne soit vraiment présenté physiquement", a t-il expliqué, soulignant qu'il ne faisait que rapproter les témoignages des employés.
Dès lundi, Kan Mon, président de la Commission des Affaires
Sociales à l'Assemblée Nationale, devrait rencontrer les
dirigeants de Tack Fat Garment afin d'entreprendre des négociations
et mettre ainsi un terme à ce conflit qui dure depuis
le 3 janvier.